Du VIIe au XVe siècle, une succession de dynasties a gouverné
le monde musulman, de l'Atlantique à l'Asie centrale. Cette page en présente les
principales : leurs dates, leurs capitales, leur étendue et ce qui les distingue.
Les dates sont données en ère commune ; elles correspondent à la période de
pouvoir effectif de chaque dynastie.
Repères chronologiques
632–661Califes bien-guidés — les grandes conquêtes
661–750Omeyyades de Damas — le premier empire
750–1258Abbassides de Bagdad — l'âge d'or
756–1031Omeyyades de Cordoue — al-Andalus
909–1171Fatimides — le califat chiite du Caire
1040–1147Almoravides — l'empire berbère du Sahara
1121–1269Almohades — Maghreb et Espagne unifiés
1171–1250Ayyoubides — Saladin et la reconquête de Jérusalem
1250–1517Mamelouks — Le Caire face aux Mongols
1232–1492Nasrides — Grenade, le dernier royaume
Les dynasties
Les califes bien-guidés (Rāshidūn)
632 – 661
Capitale
Médine, puis Koufa sous Ali
Étendue
Arabie, Syrie, Égypte, Irak, plateau iranien
Les quatre premiers califes — Abou Bakr, Omar, Othman et Ali — succèdent au
Prophète et dirigent l'expansion la plus rapide de l'histoire islamique :
l'Empire sassanide s'effondre, Byzance perd la Syrie et l'Égypte. C'est sous
Othman qu'est fixée la version canonique du Coran. La période s'achève dans la
guerre civile ; l'assassinat d'Ali en 661 ouvre la fracture durable entre
sunnites et chiites.
Les Omeyyades
661 – 750
Capitale
Damas
Étendue
De l'Indus et l'Asie centrale à l'Espagne et au Maghreb
Fondée par Mu'awiya, la première dynastie héréditaire de l'islam bâtit un
empire d'une ampleur inédite. Abd al-Malik en fait un État : l'arabe devient
langue administrative, une monnaie islamique propre est frappée, et le Dôme du
Rocher (691) affirme monumentalement la nouvelle religion. Le pouvoir reste
celui d'une aristocratie arabe, ce qui nourrit le ressentiment des convertis
non arabes et prépare la chute de la dynastie en 750.
Les Abbassides
750 – 1258
Capitale
Bagdad, fondée en 762 ; Samarra de 836 à 892
Étendue
Du Maghreb oriental à l'Asie centrale, puis réduite à l'Irak
Portés au pouvoir par une révolution qui renverse les Omeyyades, les Abbassides
déplacent le centre de gravité de l'empire vers l'Irak et ouvrent le califat aux
élites persanes. Bagdad devient la plus grande ville du monde et le foyer d'un
immense mouvement de traduction du grec, du syriaque et du sanskrit vers l'arabe
— mathématiques, médecine, astronomie, philosophie. À partir du Xe
siècle, les califes ne conservent qu'une autorité symbolique, sous la tutelle des
Bouyides puis des Seldjoukides. La prise de Bagdad par les Mongols en 1258 met
fin à la dynastie.
Les Omeyyades de Cordoue
756 – 1031
Capitale
Cordoue
Étendue
La majeure partie de la péninsule Ibérique (al-Andalus)
Rescapé du massacre de sa famille, Abd al-Rahman Ier fonde en Espagne
un émirat indépendant de Bagdad. En 929, Abd al-Rahman III se proclame calife et
porte Cordoue à son apogée : la Grande Mosquée s'agrandit, la cité palatine de
Madinat al-Zahra sort de terre, et la bibliothèque califale attire savants juifs,
chrétiens et musulmans. La dynastie s'effondre dans la guerre civile ; al-Andalus
éclate alors en petits royaumes rivaux, les taifas.
Les Fatimides
909 – 1171
Capitale
Mahdia (Ifriqiya), puis Le Caire à partir de 973
Étendue
Ifriqiya, Égypte, Sicile, Syrie, Hedjaz
Seule dynastie chiite ismaélienne à avoir régné sur un grand empire, les
Fatimides se disent descendants de Fatima, fille du Prophète, et contestent
frontalement la légitimité des Abbassides. Partis de Tunisie, ils conquièrent
l'Égypte en 969 et y fondent Le Caire, ainsi que la mosquée-université al-Azhar,
toujours active aujourd'hui. Leur règne est une période de grande prospérité
commerciale et de tolérance relative. Saladin met fin au califat fatimide en 1171.
Issus des Berbères sanhaja du Sahara, les Almoravides naissent d'un mouvement de
réforme religieuse rigoriste avant de devenir un empire. Ils contrôlent les routes
de l'or transsaharien, fondent Marrakech, puis répondent à l'appel des rois de
taifas menacés par la Reconquista : leur victoire à Zallaqa en 1086 arrête
l'avancée castillane et leur permet d'annexer al-Andalus. Une nouvelle vague
réformatrice, celle des Almohades, les balaie à son tour.
Les Almohades
1121 – 1269
Capitale
Marrakech ; Séville pour le versant andalou
Étendue
Tout le Maghreb, du Maroc à la Tripolitaine, et al-Andalus
Fondé par le prédicateur Ibn Toumart au nom d'un strict unitarisme divin
(al-muwahhidun, « ceux qui proclament l'unicité »), le mouvement almohade
réalise l'unification politique la plus complète qu'ait connue le Maghreb. Il laisse
une architecture d'une grande sobriété — Koutoubia de Marrakech, Giralda de Séville,
tour Hassan de Rabat — et abrite les philosophes Averroès et Ibn Tufayl. La défaite
de Las Navas de Tolosa, en 1212, amorce le démantèlement de l'empire.
Les Ayyoubides
1171 – 1250
Capitale
Le Caire, avec Damas comme second pôle
Étendue
Égypte, Syrie, Haute-Mésopotamie, Yémen, Hedjaz
Dynastie d'origine kurde fondée par Saladin, qui supprime le califat fatimide et
ramène l'Égypte au sunnisme. Sa victoire de Hattin en 1187 lui ouvre Jérusalem,
reprise aux croisés après quatre-vingt-huit ans de domination franque. Les
Ayyoubides couvrent leurs villes de madrasas et fortifient Le Caire de sa citadelle.
Le pouvoir leur échappe lorsque leurs propres soldats esclaves, les mamelouks,
prennent le contrôle de l'Égypte en 1250.
Les Mamelouks
1250 – 1517
Capitale
Le Caire
Étendue
Égypte, Syrie-Palestine, Hedjaz
Régime unique en son genre : le pouvoir appartient à une caste militaire d'anciens
esclaves d'origine turque puis circassienne, où l'on accède au sultanat par le
mérite et la force plutôt que par l'hérédité. Les Mamelouks arrêtent l'invasion
mongole à Ayn Jalut en 1260 — le premier revers majeur infligé aux armées de
Gengis Khan et de ses successeurs — puis chassent les derniers croisés de Saint-Jean
d'Acre en 1291. Ils accueillent au Caire une lignée abbasside symbolique et font de
la ville une capitale artistique. Les Ottomans les défont en 1517.
Les Nasrides de Grenade
1232 – 1492
Capitale
Grenade
Étendue
Un émirat réduit au sud-est de l'Espagne (Grenade, Málaga, Almería)
Dernier État musulman de la péninsule Ibérique, l'émirat nasride survit deux siècles
et demi à la Reconquista par une diplomatie prudente, alternant vassalité envers la
Castille et alliances maghrébines. Sur sa colline, il édifie l'Alhambra, sommet de
l'art islamique d'Occident. La reddition de Boabdil aux Rois Catholiques, en janvier
1492, clôt près de huit siècles de présence musulmane en Espagne.